La révolution libyenne et le processus de transformations sociales
Les problèmes mis en évidence par le processus en cours en Libye sont parmi les plus importants de l'histoire de la lutte pour le progrès de l'humanité. Le processus libyen est une des formes d'expression du processus mondial. La Libye montre que les relations mondiales de forces en plein développement permettent à un pays, très arriéré à tous points de vue, de faire un tel bond en avant de plusieurs siècles. La Libye sort d'une absence quasi totale de vie culturelle, scientifique ou sportive – avant la révolution de 1969 – pour faire ce qu'elle fait maintenant.
La Libye n'avait pas la force de faire cela par elle-même. Elle dépendait du système capitaliste mondial et n'avait pas la force sociale – c'est à dire des partis et des syndicats – pour accomplir ce processus de transformations. En Libye il y avait une oligarchie qui se basait sur l'armée pour dominer le pays. Ses liens avec l'impérialisme anglais, italien, et dans une moindre mesure français, lui donnaient la force dont elle avait besoin pour dominer. Cette oligarchie possédait une armée destinée à cela. Elle n'était pas chargée de faire la guerre contre les pays voisins mais contre la population. Il n'y avait pas de tradition de parti, de syndicat, d'idées, il n'y avait pratiquement aucun livre et l'analphabétisme était presque total. Les femmes n'avaient aucun droit, pas même au sein de la famille, et les maris pouvaient avoir jusqu'à sept femmes avant l'arrivée au pouvoir de Kadhafi.
Le progrès de la Libye a été possible grâce à la relation mondiale des forces, à l'influence de l'Union Soviétique et des autres états ouvriers au Moyen Orient, en particulier sur un secteur de militaires libyens. Cette équipe a fait un coup militaire et a conduit le pays vers des positions nationalistes. Au début de la révolution il n'y avait pas encore de direction formée. Il y a eu une lutte qui a duré quelques années avant d'arriver à former une direction plus homogène sur le plan programmatique, et qui cherche à développer le pays, en utilisant le pétrole – base de l'économie – pour le progrès du pays.
Ils ont fait tout cela en alliance avec les états ouvriers, même s'il n'y avait pas d'accords signés. L'alliance consistait dans le fait que les états ouvriers, de par leur seule existence et présence, donnaient la garantie et la sécurité permettant à la Libye de faire ce qu'elle a fait, parce que l'impérialisme n'avait ni la force, ni la capacité d'intervenir contre la révolution libyenne.
La Libye est un pays arriéré, qui fait irruption dans l'histoire en réalisant un bond en avant immense grâce à l'existence des états ouvriers. Aucun historien n'analyse le processus de la Libye de cette façon. Ils disent que les militaires qui ont fait le coup étaient des « hommes valeureux ».Tout cela est vrai. Mais ce processus ne dépendait pas de la bravoure des militaires, mais bien des possibilités historiques et sociales, et cela ne se réalise pas avec de la bravoure. Cela dépend des relations de forces sociales et non des forces militaires. La relation de forces sociales, cela veut dire les idées, l'expérience, la capacité, la nécessité du progrès de l'histoire.
Auparavant, les yankees ne disaient pas : « Nous allons rompre les relations », mais brisaient le pays qui se soulevait contre lui en l'écrasant sous les bombes. Maintenant ils peuvent tout juste dire à Kadhafi: « Va-t-en d'ici, je te donne cinq jours pour partir! » ( référence à la rupture des relations diplomatiques entre la Libye et les Etats-Unis.) . On dit que Kadhafi a répondu à Reagan: « Cela ne nous impressionne pas, nous sommes habitués aux clowns! ».
L'impérialisme démontre toute son impuissance face à la Libye. Il rompt les relations diplomatiques avec elle pour pousser d'autres pays à ne plus avoir de rapports avec la Libye, pour les intimider. Tel est le sens de cette rupture. Le résultat a été l'inverse de ce que proposaient les Etats-Unis qui voulaient se montrer forts: les gens les voient faibles, incapables de prendre des mesures contre les Libyens, ne pouvant que dire à Kadhafi : « Monsieur le terroriste, allez-vous-en! »
Le processus de Libye a une signification plus large que celle que les Yankees pensent ou conçoivent. Il veut dire qu'aujourd'hui chaque petit pays voit dans l'Union Soviétique le centre d'appui de tout progrès, et recherche par conséquent son appui. La Libye n'est pas un pays pauvre qui a besoin d'une aide économique. C'est un des pays les plus riches du monde proportionnellement au nombre de ses habitants. Il a des richesses immenses et une faible densité de population. Mais la Libye utilise ces richesses pour le progrès. Les gens voient cela et ils disent ( à tous ceux qui critiquent ou dénigrent la Libye ): « Que Kadhafi soit tout ce que vous voulez, mais ce pays se développe et les gens ont du travail, une maison, de quoi manger. Ils ont tout, alors qu'avant ils n'avaient rien ! ». Avant il y avait le roi Idriss, un dégénéré, avec une centaine d'épouses. Aujourd'hui, la Libye existe et se développe grâce à l'existence objective de l'Union Soviétique et parce qu'elle recherche l'appui de l'URSS. L'Egypte, qui a rompu avec l'Union Soviétique et qui cherche un appui des Yankees, recule et est dirigée par une petite clique. L'Egypte va éclater. Ce n'est qu'une question de temps! Il n'y a pas un seul pays au monde qui, après avoir connu un progrès important, revienne à son point de départ. Il n'y en a pas un, ni le Chili sous Pinochet, ni le Brésil sous Castelo Branco (après le coup d'état de 1964).
Parmi les progrès de la révolution en Libye, il faut souligner la libération, bien qu'incomplète, de la femme. On a commencé par incorporer les femmes à l'activité normale du pays. Il n'y avait rien de cela auparavant! Les femmes ont enlevé le voile, étudient, travaillent, peuvent marcher seules dans la rue, alors qu'avant elles ne pouvaient pas le faire. Elles peuvent participer aux activités économiques et travaillent. Seules! C'est une révolution dans le monde musulman et ce n'est pas Mahomet qui l'a faite!
L'exemple du processus de libération de la Libye est une démonstration de l'importance des relations mondiales des forces. L'impérialisme a été impuissant à empêcher ce processus. Il a voulu l'empêcher, mais il n'en a trouvé, ni les moyens, ni la force, et cela est dû à l'existence de l'URSS. Les Libyens puisent leur force dans leur propre décision, mais ils s'appuient en même temps sur ce rapport mondial de forces qui a fait que, même sans l'intervention ou l'appui direct des états ouvriers, la révolution libyenne, et toutes les autres révolutions au Moyen Orient, se sont développées. L'existence des états ouvriers est la protection de ce progrès de l'histoire. Elle est la base réelle de tout le progrès de la Libye.
Le programme de Kadhafi et de l'équipe dirigeante s'est élargi et élevé dans le cours même de la révolution. Au départ, le programme n'était pas clair, même s'il comprenait des considérations générales valables d'expropriations et d'étatisations. Ce programme a été fait et refait en cours de route. Le point de départ était très simple: en finir avec la monarchie, expulser l'impérialisme et développer le pays. Il y avait une lutte dans cette direction mais il n'y avait pas une décision programmatique. Cependant quelques mois après la prise du pouvoir par l'équipe de Kadhafi, le programme fut exposé et approfondi, jusqu'à adopter certaines formes de l'état ouvrier. C'est ainsi que la Libye est devenue un état révolutionnaire. Toutes les conditions existent pour qu'elle se transforme en état ouvrier. Tout est étatisé! Il n'y a plus de propriété privée importante, celle qui subsiste dans l'artisanat et le commerce est réduite. Le pétrole, principale richesse, ainsi que les autres minerais, sont aux mains de l'état. La direction libyenne a basé sa programmation économique et sociale sur l'expérience des états ouvriers: c'est là la véritable voie du progrès de tous les pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique Latine.
L'Union Soviétique n'est pas un modèle, mais un programme. Pour sortir de la pénurie et se développer il est nécessaire d'étatiser, de planifier l'économie et de faire intervenir les masses. Les Libyens l'ont fait, même de façon limitée. Ils n'ont pas encore un programme marxiste, mais les fondements existent pour que se pose, d'ici peu d'années, la nécessité d'un programme cohérent et donc basé sur le marxisme. La cohérence implique que la production doit être programmée et, pour cela, étatisée. Pour programmer la production, il faut une direction ayant la compréhension de ce processus.
Il faut considérer que ce progrès de la Libye, pour important qu'il soit, reflète une limitation de la compréhension historique et politique de cette direction politique et militaire. Il faut tenir compte du fait qu'il s'agit d'une direction d'origine musulmane, limitée par sa conception religieuse, sociale et humaine. L'état ouvrier a directement influencé cette direction. La Libye montre la voie du futur pour l'Iran. En Libye, ils n'ont pas décidé en tant que musulmans, mais en tant qu'êtres humains. Ils ont convaincu Mahomet que tout ce qu'ils ont fait était bien. Mahomet lui-même a dit: « Oui, c'est bien! »C'est un résultat du rapport mondial des forces, et c'est un exemple pour tous les pays arabes ainsi que pour les autres pays musulmans ( par exemple l'Afghanistan ).
Ce ne sont ni Mahomet, ni la conception musulmane qui déterminent le progrès de l'histoire. Ce qui détermine, c'est le programme, la politique et l'intervention de la population, et cela sur la base de la conception scientifique du développement de l'histoire qu'est le marxisme. Les Libyens ne se déclarent pas marxistes, mais ne sont pas non plus antimarxistes, et tout ce qu'ils ont fait correspond au marxisme. Ils n'ont fait aucune attaque directe contre le marxisme. Ils fixent des limites à leur relation avec le marxisme, mais ne le rejettent pas.
Ce processus de Libye est fondamental pour le monde musulman. Il démontre qu'il est nécessaire avant tout, pour le progrès de l'histoire, de l'humanité, de la société, de résoudre le problème du développement de l'économie. Que faire de la société? Que faire de l'état capitaliste? La Libye montre à tous les autres pays arabes qu'elle a fait un bond en avant immense, en suivant la même voie que l'Union Soviétique. Les masses arabes le comprennent. Elles ne peuvent pas le dire, mais elles le comprennent. Elles voient que la Libye n'était rien avant la révolution, et que maintenant le capitalisme a une peur énorme. Il a peur de « ce fou de Kadhafi » (comme il l'appelle ). Il a peur que Kadhafi dise aux masses arabes: « Tout le monde doit faire comme nous. Ici il n'y a pas de propriétaires qui louent leurs maisons. Chacun a sa maison, va à l'école, a du travail, mange à sa faim ». Avant, les gens n'avaient rien! Maintenant, les femmes elles-mêmes peuvent progresser.
C'est un début de développemnt de la nécessité historique. La base de ce développement est marxiste. Ils n'ont pas de programme marxiste, mais la base de leur développement est marxiste. Ce qui se passe en Libye est une expérience fondamentale pour tous les pays arabes. C'est une conclusion qui n'est pas imposée par la conception musulmane, mais par la nécessité sociale, par l'exemple social, provenant de l'Union Soviétique, de Cuba, de l'Ethiopie, du Vietnam. Tous les pays tels que la Libye regardent du côté de Cuba, de l'Algérie, de l'Angola, du Mozambique. Ce processus démontre la tendance de l'histoire à l'unification de tous les progrès des pays suivant la même ligne que celle de L'Union Soviétique. Ce n'est pas seulement la structure économique et sociale, mais aussi la résolution historique de l'URSS qui stimule tous ces petits pays.
Cependant, il faut également prendre en considération les limitations du développement de la Libye, par manque de direction cohérente. Il est possible de faire beaucoup plus. Ils ne vont pas plus loin à cause de la limitation de cette direction. Mais la Libye démontre, une fois de plus, que le monde arabe n'est pas fermé au progrès marxiste de l'histoire. Il n'est absolument pas fermé!
L'Ethiopie en est un autre exemple. Ce pays était encore plus arriéré que la Libye et il a pris le programme marxiste pour se développer. Tous les pays arabes, les masses arabes, voient ce processus. Ils ne restent pas au niveau du Coran. Ils voient et assimilent l'expérience qui se développe dans tous ces pays qui ont commencé un processus de transformations. Le progrès de la société en Libye est plus important que le caractère islamique qui subsiste encore.
Dans ce processus, une direction est nécessaire, ainsi que l'intervention des états ouvrier, pour faire avancer le pays. La faiblesse des partis communistes, leur manque de décision politique, de programme, de capacités dirigeantes, ne leur ont pas permis d'avoir une plus grande influence sur les pays arabes. La Libye n'est pas le plus petit de ces pays, mais elle était un des plus faibles. Elle était dominée par une camarilla de cheiks, qui affichaient un profond mépris pour la vie humaine.
Le processus actuel de la Libye est un aspect du processus mondial. Tout en étant important, il est encore limité. Il est possible de faire beaucoup plus! Un conflit est en train de mûrir au sein du groupe dirigeant. Il n'apparaît pas encore au grand jour mais il y a des divergences entre différents secteurs qui n'ont pas tous la même capacité ni le même programme. Certains sont plus à gauche, plus conscients, moins musulmans et plus proches de l'Union Soviétique que d'autres. Mais pour le moment, il y a un accord entre les différentes tendances.
Le capitalisme exprime tout son manque de culture dans ce qu'il écrit sur la Libye. Il est obligé de reconnaître le progrès accompli par ce pays, mais il le fait apparaître comme dominé par l'obscurantisme religieux, il minimise les aspects progressistes tels que le fait que chacun a une maison, qu'il n'y a pas de chômeurs, qu'il n'y a ni faim, ni misère, que la part essentielle de l'économie est étatisée, que la femme ne porte plus le voile. Dans la société arabe, et en particulier en Libye, la femme était un objet sexuel en plus d'être la servante de l'homme. Il en était de même dans la Chine ancienne. La nouvelle société créée par la révolution libyenne a liquidé tout cela La femme n'est plus ni un objet sexuel, ni un instrument de l'homme: cela représente un immense progrès pour la Libye. Les journalistes capitalistes disent: « Tiens! Les femmes portent le pantalon! », mais ils ne disent pas quel est le progrès extraordinaire accompli par le pays en peu d'années pour en arriver là. C'est un réel progrès. Le pays a dû croître culturellement pour accepter un tel changement.
Aujourd'hui, l'enfant fait partie intégrante de la société libyenne. Avant, il était considéré comme un simple objet. L'adulte se plaignait de devoir s'en occuper. Les libyens sont sortis des limitations très grandes de la conception religieuse (et non de l'islamisme en tant que tel ) pour s'ouvrir aux idées. Ce sont les idées et non la conception religieuse qui font agir les mouvements tels que celui de la Libye. La conception religieuse monopolise la pensée et réduit le développement de l'être humain à quelques règles dictées par rapport à la divinité. Le développement social dépasse tout cela: il ne détruit pas, ne renverse pas, ne fusille pas les dieux, mais permet simplement de dépasser cette conception. L'être humain élève sa compréhension sociale et scientifique au moyen de l'amour social humain, et dépasse la conception religieuse. Il ne la rejette pas en regrettant d'avoir perdu tant d'années à croire en dieu, mais considère plutôt que c'est une phase de l'histoire humaine qui s'est déroulée de cette façon à cause de la propriété privée.
Ce processus est en cours en Libye. Il prépare une élévation de la pensée islamique. Il ne se propose pas de rejeter l'islam, mais de garder les concepts et les idées de progrès social, très bons et justes, que l'on trouve dans l'islam et de la dépasser. Certains principes de l'islam sont très élevés, bien plus que ceux de la religion catholique qui a servi à la classe qui a dirigé le monde capitaliste. L'islam contient une série de conceptions de progrès, mais que les sultans, les dirigeants, ont utilisés en leur faveur.
La Libye n'était rien avant la révolution. Si on avait demandé à quelqu'un des nouvelles de la Libye, celui-ci aurait répondu: « Pour qui joue-t-elle? » Les gens ne savaient même pas où se trouvait la Libye! Par contre, la Libye aujourd'hui, c'est Kadhafi, et Kadhafi signifie anti-impérialisme, développement, amitié et appui à l'Union Soviétique, appui à la révolution. Tout cela est en train de se développer, tandis que le sentiment musulman subsiste. La Libye n'est pas le premier cas de ce processus. C'est l'Union Soviétique qui, la première, a permis un énorme progrès des musulmans, qui les a incorporés à la révolution. Ceux-ci ne renoncent pas à l'islam. Ils étaient d'abord soviétiques et ensuite musulmans.
La Libye est en train d'accomplir un immense progrès. Avant, ce n'était qu'un harem! Quand on y a découvert du pétrole, la Libye a commencé à avoir une certaine signification, mais avant, ce n'était que du désert. De ce fait, elle n'avait aucune force. A partir de ce désert, une équipe de militaires accompagnés de civils – car il n'y avait pas que des militaires – eut la décision de faire cet effort, qui fait partie de la révolution mondiale. Avant eux, la Libye n'était rien! Ils n'ont pas fait cela pour eux-mêmes, ni pour l'islam! Ils développent les conditions qui préparent les bases d'un bond en avant vers des mesures socialistes. Les gens se rendent compte, de par leur propre expérience, que c'est ce qu'il faut faire: la programmation, la planification, le développement de l'industrie, l'irrigation, l'alliance avec tous les états ouvriers, l'appui inconditionnel à toutes les révolutions. Kadhafi fait cela, malgré certaines incohérences dues au manque de parti.
Du nationalisme arabe au socialisme.
Le processus de la Libye est un des évènements les plus élevés de l'histoire. Il exprime la forme par laquelle le progrès de la révolution a pénétré dans le monde arabe sans partis communistes. Il n'y avait pas de parti communiste en Libye. On assassinait tous les gens de gauche. La révolution est arrivée à influencer la Libye, même sans parti communiste, en pénétrant une couche de militaires. Ce processus montre la forme que prend l'histoire: les pays les plus arriérés du monde acquièrent les formes les plus élevées du progrès, grâce à la relation mondiale des forces. Quand on en arrive à ce niveau, c'est que la nécessité du progrès s'est déjà imposée. Il y existe déjà des exemples de cela.
La Libye a pu passer, et rapidement, de la dictature des sultans à l'état révolutionnaire. Ce processus se déroule même dans un pays dominé par la conception islamique. Cela montre quel est le rapport mondial des forces, et que l'islam, sous toutes ses formes, ne peut empêcher le progrès de l'intelligence des masses, qui voient le progrès à travers les relations humaines de tous les jours. Les masses musulmanes voient le progrès de l'URSS, des pays socialistes qui ont fait comme l'Union Soviétique. L'expérience de l'humanité ne dépend pas des préceptes de Mahomet, mais des exemples des rapports sociaux qui existent. Il ne s'agit pas de dépasser l'islam, mais de l'adapter à cette nécessité sociale de l'histoire.
Le pétrole de la Libye est considéré comme une « richesse » par le monde capitaliste. Il a donc pu être utilisé comme une source de progrès. Mais c'est le programme de la révolution qui a permis cela. Ce processus de la Libye a été stimulé et influencé par le coup d'état accompli précédemment en Egypte contre le roi Farouk. Avant 1952, l'Egypte connaissait le même régime que celui de la Libye avant la révolution. Ces expériences montrent que le progrès révolutionnaire a la capacité de surmonter les difficultés les plus grandes que la religion a pu imposer. La révolution ne signifie pas un rejet de la religion, mais elle fait avancer la compréhension que les gens ont de la nécessité irremplaçable de l'économie, de la vie sociale, des relations humaines. Alors les gens adaptent la religion à ce processus. La révolution ne rejette, ne combat pas la religion. Elle la conduit vers une progressive disparition. La religion ne trouve pas de points d'appui sur le chemin de la révolution, elle est peu à peu dépassée par la conscience des gens. Sans abandonner leurs conceptions ou leurs croyances religieuses, les gens soumettent celles-ci aux nécessités du progrès social
La Libye montre très clairement comment un petit pays démuni, un sultanat, peut progresser vers des formes de société très élevées. La même chose ne s'est pas produite dans tous les pays arabes, parce que ceux-ci n'ont pas tous connu cette combinaison de conditions sociales et militaires. Mais l'Egypte et l'Irak ont vécu des processus semblables à celui de la Libye. Ces deux pays se sont appuyés sur l'exemple de l'Algérie qui s'était libérée, de façon exemplaire, de l'impérialisme français. Mais ils s'appuyaient également sur le fait que l'Union Soviétique soutenait tous les progrès des luttes de libération. La volonté de combat de ces camarades militaires qui ont dirigé le mouvement de libération en Libye, en Egypte, en Algérie, se basait sur l'appui de l'Union Soviétique, ainsi que sur l'expérience qu'ils avaient acquise de l'incapacité historique du capitalisme à empêcher le progrès.
Le barrage d'Assouan a signifié une très grande impulsion pour tout le monde arabe. Il montrait comment l'Union Soviétique, au prix d'un effort et d'un investissement énormes, contribuait au progrès de l'histoire, en même temps qu'elle se développait elle-même. C'est pour cette raison que le capitalisme mondial, dirigé par les Nord-Américains et les Anglais, a fait assassiner Nasser. Sadate a tué Nasser pour exécuter le plan du capitalisme. Ils ont tué Nasser en Egypte, mais d'autres Nasser sont nés aussitôt autre part. La mort n'est pas absolue. La mort fait naître d'autres vies!
Comprendre ce processus est très important car il n'y a pas d'éducation du mouvement communiste à propos de ces problèmes. Les Soviétiques ont tendance à acquérir cette compréhension car ils en ont besoin objectivement pour leur propre existence. Ils ont investi une énorme quantité de temps et d'argent en Egypte. Sadate ne veut plus rien payer maintenant, et il croit qu'il va continuer à vivre? Sadate est un homme déjà mort, qui cherche à profiter des jours qui lui restent à vivre. C'est un homme dégénéré qui n'a pas la moindre idée: il a une mentalité d'assassin contre le progrès de la population. Mais il doit, pour pouvoir vivre, lui, interdire la vie dans son pays; il doit dépendre des prêts, des investissements et des pourboires yankees. Nasser s'offrait le luxe d'exporter la révolution, tandis que Sadate est dominé par les Yankees qui lui donnent des prêts et lui vendent des armes pour des millions de dollars. Il s'est compromis avec les Etats-Unis. Aujourd'hui, on utilise l'Egypte comme un instrument pour empêcher le progrès révolutionnaire dans tout le monde arabe et ailleurs. C'est ainsi que l'Egypte capitule devant Israël, tandis que la Libye de Kadhafi impulse la révolution partout.
J. POSADAS.
20 avril 1981.





